Deux jours à coder

Le weekend dernier, j’ai participé au concours Node.js Knockout, dont le principe était de créer une application web utilisable en seulement 48 heures (le code source devant être écrit en Javascript pour le serveur web Node.js, technologie particulièrement adaptée à un grand nombre de connexions simultanées). Les applications étaient ensuite soumises à un jury d’experts ainsi qu’à l’avis du public durant 3 jours.

Where on Earth est celle que j’ai réalisée avec l’aide de mon compère développeur qui s’est occupé de toute la partie du code serveur. Il s’agit d’un jeu de culture géographique multijoueur en temps réel. (Si vous voulez l’essayer, utilisez une version récente de Google Chrome, et appelez des potes pour jouer avec vous de préférence).

Vous vous demandez peut-être, “À quoi ça sert de participer à ce genre de concours, si ce n’est ruiner son weekend ?”.

En effet, participer demande de bloquer un weekend entier sur votre agenda, quitte à sacrifier l’afterwork du vendredi à laquelle vous rêviez d’aller. En revanche, ce type de concours vous permet de gagner bien plus que des lots :

  • Ils représentent un excellent moyen d’apprendre et de devenir meilleur dans votre domaine.
  • Ils vous forcent à lancer un projet dans un temps très court sans avoir le droit de le perfectionner.
  • La plupart des concours sont beaucoup plus suivis qu’on ne pourrait le penser. La visibilité qu’ils confèrent à vous ou votre équipe est une incroyable opportunité pour propulser vos idées ou votre personne sur le devant de la scène mondiale (certaines applications se sont retrouvées à la une de Techcrunch).
  • Le public est au rendez-vous et il n’attend qu’une bonne idée pour la plébisciter. S’il aime votre création, vous êtes instantanément crédibilisé.

Si vous avez une idée de projet pour le web qui a besoin de public pour faire ses preuves, vous savez à quelle porte frapper. Lancer un projet dans un concours est un excellent moyen de lui conférer une exposition instantanée et de récolter du feedback précieux.

Quel que soit le domaine concerné, un concours est un projecteur qui ne demande qu’à être dirigé vers vous. Charge à vous de trouver la bonne idée.

Prochain concours important du développement web : Rails Rumble, le 16 octobre 2010.

Plaidoyers pour le changement

Lorsque les éditions Diateino m’ont proposé d’écrire sur Tribus, j’ignorais encore que nous étions exactement en train d’appliquer le principe de ce livre. Je fais partie d’une tribu, celle des lecteurs de Seth Godin. J’y suis entré presque par accident, ayant découvert cet auteur en regardant la vidéo d’une présentation qu’il avait donnée chez Google en 2007. Comme beaucoup d’autres membres de la tribu, je crois en l’idée que le changement est le fondement du progrès, qu’il n’y a qu’un pas entre conformisme et médiocrité. Seth Godin ne m’a pas demandé de relayer son message, c’est à cela qu’on reconnaît les tribus bien menées : leurs membres véhiculent les idées en lesquelles ils croient.

Nous sommes désormais dans un monde de tribus, une économie de personnes, de croyances et de connexions. Internet est le plus grand outil jamais inventé pour qu’émergent des tribus aux quatre coins du monde, quels que soient leurs objectifs et leur raison d’être. Pourtant, le phénomène des tribus n’est pas nouveau et n’a au fond rien à voir avec l’évolution de la technologie. Si Internet permet bel et bien de rassembler des gens autour d’une idée plus rapidement que jamais, il n’enseigne pas le secret pour les mener. C’est ce que Seth Godin tente de décrypter dans Tribus.

Lire la suite de l’article sur le blog des éditions Diateino →

Bienvenue sur le web «pop-corn»

C ‘est officiel depuis quelques semaines : le trafic de Facebook a dépassé celui de Google aux Etats-Unis. Je profite d’un peu de temps libre pour réagir à tête reposée à cet évènement plus symbolique que révolutionnaire, mais qui, à mon humble avis, en dit long sur l’avenir des usages que les internautes font du web. En un mot : la recherche d’information n’est plus l’usage principal du net et les internautes se cantonnent de plus en plus à une poignée de sites web.

Divertissez-moi

J’ai ma théorie sur la raison pour laquelle autant de gens passent leur vie sur Facebook. Je pense qu’il s’agit d’un site formidable pour quiconque ne sait pas quoi faire sur Internet. Facebook, c’est le web “pop-corn” : la transposition du syndrome télé-canapé sur le net, le meilleur moyen de glander depuis l’invention de la télévision.

Facebook est en effet le plus grand réseau de divertissement du monde, avec au programme des réjouissances : des photos en veux-tu en voilà, des quizzs dignes du numéro Juillet-Août de Jeune & Jolie, des ragots et du drame, des tentatives éhontées de drague par wall interposé, et parfois, perdu au milieu de tout cela : une bonne info sur laquelle vous ne cliquerez probablement pas car elle se retrouve noyée dans un océan de futilité.

C’était la minute mauvaise langue, désolé (fallait que ça sorte). En fait, je n’ai pas tant de haine envers Facebook, c’est simplement dommage et même dangereux de ne faire que ça sur le net. Car bien qu’il soit déguisé en un site interactif et vivant, Facebook me semble en fait être le chef-lieu de la passivité.

Au fond, je ne vois que très peu de différence entre Facebook et World of Warcraft : deux systèmes fermés qui récompensent ceux qui y passent le plus de temps. L’un vous fait gagner des amis, l’autre des objets pour votre double virtuel. Jouer à WoW n’est pas la façon la plus productive de passer ses soirées, “réseauter sur Facebook” non plus.

Maxi Best Of Youtube + Twitter Nuggets

Je ne peux pas parler de web “pop-corn” sans évoquer Youtube, qui trône tout de même en 3ème place des sites les plus visités du monde. Là encore, Youtube est une mine de divertissement, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais le problème reste le même, il y a toujours deux catégories d’utilisateurs : ceux qui produisent le contenu et ceux qui le consomment. Récemment, un dénommé Patrick Jean a sorti une vidéo intitulée Pixels qui a fait énormément parler de lui. Je suppose qu’il n’a pas passé ses soirées à regarder les vidéos des autres pour réaliser la sienne.

Quant à Twitter, c’est l’ultime outil du procrastinateur, sur place ou à emporter sur votre mobile. Bien qu’il regorge de pépites d’informations ultra-fraîches qui en font un formidable outil de veille, il est très facile d’y perdre sa journée…Mais Twitter a au moins deux mérites : l’info qui y circule est épurée de tout le “bruit” qu’il peut y avoir sur d’autres réseaux sociaux, et surtout, Twitter encourage en permanence l’utilisateur à sortir du site pour aller voir autre chose, à l’inverse de Facebook qui vous incite à rester le plus possible dans son grand parc d’attractions.

La curiosité : fondement du progrès

Les internautes passent donc plus de temps à se raconter leur vie qu’à chercher de l’info sur le web. Je pense à tous les enfants nés dans les années 90 qui arrivent à maturité dans l’ère “sociale” et je m’interroge : le manque de curiosité sera-t-il symptomatique de la prochaine génération d’internautes ?

“La curiosité est la chose la plus puissante que vous possédez”

- James Cameron

Je ne cite pas James Cameron parce que j’ai particulièrement aimé Avatar (je suis plutôt de la génération Titanic…). Toujours est-il que c’est un film qui repousse les limites de ce qui avait été fait auparavant. Le point commun entre tous les inventeurs, tous les gens brillants, tous les artistes, c’est qu’un jour ou l’autre, ils se sont intéressés à un chemin qui n’était pas tout tracé. Ils ont su se poser des questions, se montrer curieux et persévérants, s’intéresser à ce qui était nouveau ou différent. En bref, ils n’ont pas fait que consommer ce qu’on voulait bien leur servir. James Cameron aurait tout à fait pu passer sa vie à manger du pop-corn devant les films des autres plutôt que de créer les siens, il n’aurait alors jamais su qu’il était peut-être doué pour cela.

Je me suis mis à écrire ce blog très récemment. Je n’ai pas d’autres raisons de le faire que de m’inciter à réfléchir sur mon domaine d’activité (le web). Je pense que n’importe qui devrait faire la même chose, ne serait-ce que pour rester à jour sur son sujet et pourquoi pas, interagir avec d’autres curieux. Il paraît qu’il faut boire un litre et demi d’eau par jour pour rester en bonne santé. Je propose d’ajouter une règle : apprendre et produire quelque chose chaque jour pour ne pas stagner.

Enlever ses œillères, s’ouvrir l’esprit à différents sujets, créer, penser, imaginer de nouvelles façons de résoudre des problèmes, c’est tout cela que comprend la curiosité. Je recommande à qui voudra m’entendre de lire autant de livres que possible, d’écrire autant d’articles de blogs que leur matière grise est capable de produire, de mettre chaque jour leur zone de confort à l’épreuve. Tout un tas de choses qu’il est difficile de faire si l’on passe tout son temps sur Facebook ou Youtube.

Je trouve inquiétant de voir Facebook dépasser un moteur de recherche : j’y vois une fois de plus la victoire de la consommation au détriment de la création, de la passivité sur la curiosité. À cause de tout ce temps passé à construire leur bulle sociale, combien de gens ratent des occasions de créer des blogs, de s’intéresser à quelque chose, de participer à des projets ou de lancer les leurs ?

Critique de Rework (37signals)

Couverture de Rework

Lumière sur 37signals : petite entreprise de Chicago (19 personnes) encore peu connue en France mais dont l’insolente réussite en a fait baver plus d’un dans la Silicon Valley. Fondée en 1999, la société , qui s’était d’abord spécialisée dans la réalisation de sites web, est vite devenue l’un des développeurs d’applications web les plus en vogue. Rendue mondialement célèbre pour avoir été à l’origine de Ruby on Rails (un framework open-source qui facilite le développement de sites web en langage Ruby), 37signals propose également des applications SaaS dans des domaines aussi variés que la gestion de projet (Basecamp, 2004), la discussion en temps réel (Campfire, 2006) ou encore la gestion de relation client (Highrise, 2007).

Rework est le second livre Jason Fried et David Heinemeier Hansson, les fondateurs de 37signals. Ils nous y éclairent sur leur philosophie, leur vision du business et les clés de leur fulgurante réussite. J’ignore si le livre sera disponible un jour en version française, mais cela ne m’empêche pas de vous faire part de mon verdict un peu en avance.

Enfants terribles

Autant taire le suspense tout de suite : j’ai beaucoup aimé ce livre du début à la fin. A la fois encourageant et impertinent, je crois bien que c’est l’un des livres les plus enrichissants que j’ai pu lire sur le marketing et le business en général. Rework, c’est comme une bonne paire de claques : ça va très vite et ça vous marque pour longtemps.

Car c’est bien une claque que l’on prend en lisant Rework, mais de celles qui nous servent pour plus tard. Écrivant d’une plume directe et savamment irrévérencieuse, Fried & Hansson ne ménagent personne et surtout, aucune idée reçue. Pensé pour être le plus concis possible, le livre ne se répète pas une seule fois et on y découvre une nouvelle idée à chaque chapitre. Les 288 pages de Rework, brillamment illustrées par Mike Rohde, se lisent en un rien de temps : une bonne après-midi fera amplement l’affaire.

Changer sa façon de travailler

Rework se compose d’une succession de petits chapitres n’excédant pas 2 pages chacun, regroupés sous plusieurs grands thèmes dont, entre-autres : le progrès, la productivité, la concurrence, le recrutement, la publicité…On y découvre de nombreux conseils pour décider plus efficacement, pour mieux gérer les deadlines, les réunions qui s’éternisent et bien d’autres problèmes inhérents à toute entreprise.

“Les stakhanovistes ne sont pas des héros. Le vrai héros est celui qui est déjà rentré chez lui car il a réussi à faire son travail plus vite que les autres”

Rework - Fried/Hansson (4eme de couverture)

Tout au long de Rework, Fried & Hansson nous donnent leur vision du travail intelligent et ce, toujours dans la recherche du succès et de la rentabilité. Rien de plus plaisant que de les voir épingler le mythe des start-up et de leur absence de contraintes financières, l’acharnement au travail ou encore de la recherche de la perfection. Rework est une compilation de conseils pleins de bon sens, à mon avis particulièrement judicieux dans les chapitres relatifs au progrès et à la productivité en entreprise. La version britannique du livre s’est d’ailleurs dotée d’un sous-titre bien révélateur de l’objectif des auteurs : “changez votre façon de travailler pour toujours”.

Rework se lit donc comme une invitation au changement, charge au lecteur de prendre les opinions des auteurs comme de simples conseils ou comme des règles à suivre. Quelques extraits pêle-mêle :

  • Ne planifiez qu’à court terme car au-delà, c’est de la devinette : décidez de ce que vous allez faire cette semaine, pas cette année
  • Soyez un démarreur, pas un entrepreneur.
  • Ne copiez pas
  • Ne faites pas que travailler (et virez les stakhanovistes)
  • Evitez à tout prix les interruptions dans votre travail, surtout les réunions.
  • Ne perfectionnez pas votre travail. “Pas mal”, c’est très bien.
  • Prendre de toutes petites décisions les unes à la suite des autres est beaucoup plus simple que de prendre une seule grande décision

Cette courte liste est évidemment loin d’être exhaustive et ne rend pas vraiment justice au livre qui analyse environ 80 problèmes fréquents auxquels sont confrontés tous les gens qui cherchent à faire réussir leurs projets ou simplement leur carrière. Cette critique n’ayant pas pour objet d’élaborer chaque point en détails, je m’arrête donc ici. Sachez simplement que ce livre s’adresse particulièrement à vous si vous avez des projets en tête ou si vous êtes entrepreneur (ou si vous songez à le devenir un jour), mais pas seulement : n’importe quelle personne souhaitant profiter d’un regard neuf sur le travail et l’entreprise ne perdrait pas son temps en le lisant.

Je ne garantie évidemment pas que tous les conseils contenus dans Rework vous sembleront utiles ou s’appliqueront à votre business. C’est au lecteur de faire le tri, et il est tout à fait possible que vous restiez dubitatif quant à l’intérêt de ce livre. Personnellement, j’y ai trouvé beaucoup de conseils très pertinents par rapport à ma situation professionnelle. Dans tous les cas, je ne peux que saluer l’initiative de Fried & Hansson de nous faire partager leur vision du travail et de la réussite.

 

En conclusion, j’aurais aimé avoir ce livre entre les mains plus tôt. Je ne saurais donc trop vous conseiller de le lire, particulièrement si vous êtes un porteur de projet, car il est impossible que vous ne vous retrouviez pas au moins quelques fois au court de la lecture de Rework. Pour une douzaine d’euros sur Amazon, ce livre me semble être un excellent investissement aux côtés duquel votre exemplaire de “Créer sa boîte pour les nuls” fera pâle figure. Pour peu que vous maîtrisiez un minimum la langue de Shakespeare, n’hésitez pas. Et si vous cherchiez une bonne raison pour vous y mettre, la voici.

 

A lire également : ma critique de Linchpin de Seth Godin
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Critique de Linchpin (Seth Godin) : un livre indispensable ?

Linchpin par Seth GodinSeth Godin est ce qu’on appelle un homme incontournable. Depuis une dizaine d’années, Godin écrit, blogue et parle, 365 jours par an. Avec plus de 3000 articles publiés depuis 2002, il est l’un des blogueurs les plus influents dans le domaine du marketing. Il est, entre autres, l’auteur de Permission Marketing, Purple Cow, The Dip et plus récemment Tribes, son dernier livre publié en France. Alors forcément, quand Seth Godin sort un nouveau livre, cela ne passe pas inaperçu. Avec Linchpin : Are you indispensable ?, Godin nous livre son 13ème ouvrage. Quant à moi, ayant la chance de pouvoir lire le livre en version originale sans trop de difficultés, je vous propose ici ma critique, en attendant la sortie en version française.

Linchquoi ?

Linchpin, littéralement “pivot” en français, est un livre qui diffère des précédents travaux de Godin par le fait qu’il s’adresse directement aux individus et pas aux entreprises. Le sous-titre du livre, que je traduirais grossièrement par “Etes-vous indispensable ? Comment donner à sa carrière un avenir remarquable ?” donne tout de suite le ton : Linchpin a des allures de livres de coaching. Les premiers mots du livre (“Vous êtes un génie”) annoncent d’ailleurs d’emblée la couleur.

“There is no map”
(→ “Il n’y a pas de mode d’emploi”)

Pourtant, autant le dire tout de suite, Linchpin est un faux livre de coaching. Vous n’y trouverez aucune méthode concrète pour progresser dans votre boulot, pour faire face à un patron difficile ou pour tripler de salaire en quelques années. Au contraire, dans ce livre plus personnel que les autres, Godin cherche surtout à ouvrir les yeux du lecteur sur l’opportunité (l’obligation ?) de changer son rapport au travail, et à mieux appréhender les peurs qui paralysent tout processus de changement personnel. Comme à son habitude, Godin cherche à nous faire réfléchir, pas à nous donner un mode d’emploi pour réussir. C’est d’ailleurs l’un des arguments clés de ce livre : s’il y avait un mode d’emploi, alors la tâche (celle de devenir quelqu’un d’indispensable) serait trop facile pour en tirer une quelconque valeur.

Faites votre œuvre, pas votre travail

Linchpin commence par un chapitre écrit sur un ton quasi-apocalyptique, qui dresse un constat du monde du travail assez radical. Godin fait le procès de la société actuelle qui, héritant de la révolution industrielle, valorise le conformisme, l’obéissance à l’extrême et l’oubli de soi. Autrement dit, la promesse d’un bon salaire et d’une sécurité de l’emploi en l’échange de notre consentement à devenir des rouages bien huilés dans la machine du travail. Le propos de Linchpin est d’encourager le lecteur à devenir le pivot, et non le rouage, car à l’inverse du pivot qui est indispensable au bon fonctionnement de la machine toute entière, le rouage est facilement remplaçable s’il est défaillant.

Un “linchpin” (une personne indispensable), nous dit Godin, est une personne capable de créer, de trouver des solutions nouvelles, d’établir des connexions fructueuses entre les individus. Plus que tout, c’est une personne qui fait son travail comme un artiste travaillerait à son oeuvre : elle y met de sa personne toute entière et sait qu’elle n’a pas le droit d’avoir peur de se mouiller. Au fil des chapitres, Godin nous donne sa vision de la personne indispensable dans tous les sens du terme, car il n’y a pas qu’une seule façon d’être un “linchpin” : une caissière souriante et agréable, un employé de start-up capable d’imaginer (et de concrétiser) de nouvelles idées de projets, un professeur qui sait aller au delà des programmes scolaires…en fait, n’importe quelle personne qui met du cœur à l’ouvrage.

Godin suggère donc de travailler dur, très dur, mais pas seulement : il serait nécessaire (indispensable) de prendre des risques, de ne pas retenir ses idées et de construire ses propres règles si possible. Il résume cette idée par ce message qu’il martèle tout au long du livre : un linchpin est un artiste, en ce sens qu’il fait ce qui le passionne par générosité, parce qu’il est conduit par la volonté de changer l’immobilisme ambiant. Adam Smith disait dans La Richesse des Nations que chaque individu, en cherchant son intérêt personnel, concourrait sans le savoir à servir l’intérêt général (théorie de la main invisible). Pour Godin, c’est l’inverse : le linchpin cherche d’avantage à servir l’intérêt général (celui de ses clients, de son entreprise ou même du monde entier), ce qui indirectement finit par servir son intérêt personnel (par de belles promotions).

La “résistance” : chapitre d’intérêt public

Le passage le plus convaincant du livre est probablement le chapitre qui s’intitule “The resistance”. Godin y décrit avec un lucidité étonnante ce qui nous retient la plupart du temps d’exposer nos idées au monde, de prendre des risques et de faire la différence. Il utilise l’image du “lizard brain” (littéralement “le cerveau de lézard”) pour symboliser la source de tous nos instincts animaux : le “lizard brain” est afffamé, il a peur, il est en colère et il est en rut, nous dit Godin.

Ce sont 50 pages lumineuses, une hymne à la créativité, une brillante leçon de courage et de motivation. Il y parle de notre instinct de survie qui, tout au long de la vie, nous empêche de créer pour les mauvaises raisons.

Extrait du chapitre “The resistance”
“The lizard brain only wants to eat and be safe. [...] The lizard brain cares about what everyone else thinks, because status in the tribe is essential to its survival.
[...] The lizard brain is the reason you’re afraid, the reason you don’t do all the art you can, the reason you don’t ship when you can. The lizard brain is the source of the resistance.”

Je n’en dis pas plus, car je ne saurais me risquer d’avantage à résumer le propos de Seth Godin, mais sachez que ce chapitre à lui seul vaut à mon avis la peine de lire ce livre. Vous pouvez regarder cette vidéo (malheureusement, encore en anglais) dans laquelle Godin explique tout cela bien mieux que moi.

Est-ce que ça marche ?

Au travers de Linchpin, Seth Godin ne suggère pas de quitter votre travail, ni de tout plaquer pour créer votre boîte. Au contraire, ce livre s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au progrès, et plus particulièrement aux personnes qui se sentent coincées dans un job qui frustre leur créativité. A la question “est-ce que la méthode marche ?”, il m’est difficile de répondre. Comme toute tentative de développement personnel, l’effet placebo joue un rôle important. Godin reconnaît lui-même que toutes les tentatives ne peuvent pas être fructueuses, la sienne -celle de vous convaincre de devenir indispensable- y compris. La morale, si morale il y a, est que le plus important est d’adopter un nouvel état d’esprit : celui de laisser vos idées se manifester dans votre travail, de choisir délibérément de les exposer à vos collègues ou votre patron et de ne plus les garder pour vous de peur d’échouer.

Comme a son habitude, Godin signe un livre intelligent, bien écrit et surtout provocateur de pensée. Je regrette toutefois qu’il ait fait le choix de présenter ce livre comme son blog, à savoir une succession d’articles avec plus ou moins de cohérence et même parfois, des répétitions assez flagrantes. On pardonne l’auteur assez vite car il y a tout de même quelques pépites de vérité parmi tout cela, mais on a parfois la désagréable sensation de lire un flux RSS. Linchpin n’en demeure pas moins un livre optimiste et important qui saura, j’en suis sûr, inspirer de nombreux lecteurs dans la poursuite de l’épanouissement professionnel.

En conclusion, Linchpin vous fera très certainement réfléchir sur vous-même et votre façon d’appréhender votre travail, peut-être même vous changera-t-il. En revanche, n’achetez pas ce livre si vous cherchez des conseils pratiques pour devenir indispensable, vous n’y trouverez pas de guide pour sortir du placard. De même, si vous êtes un éternel sceptique, ce livre ne vous fera probablement aucun effet. Dans tous les autres cas, je recommande vivement de le lire ne serait-ce que par curiosité et pourquoi pas pour devenir meilleur dans la conduite de vos projets personnels et professionnels.


Vous avez lu le livre ? Vous avez quelque chose à rajouter ou n’êtes pas de mon avis ? N’hésitez pas à faire part de vos remarques dans les commentaires, ou sur twitter @glecollinet.


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