A quoi sert le bon goût ?

Le bon goût ne se résume pas à savoir si l’on doit assortir ses chaussettes avec ses chaussures ou avec son pantalon, cela va bien au-delà de ça. Steve Jobs disait il y a longtemps que “le problème de Microsoft est qu’ils n’ont absolument aucun goût”. Je crois qu’Apple est probablement le meilleur exemple du bon goût appliqué au marché high-tech. Il en résulte des produits irrésistibles pour lesquels les gens perdent parfois un peu de leur rationalité, pourtant supposée comme fondement du comportement du consommateur.

Le goût, c’est la capacité à faire les choix qui ont le plus de chances de séduire le public. Autrement dit, avoir du goût permet de susciter le désir, de reconnaître le talent lorsqu’il se manifeste, de recruter les meilleurs, d’avoir l’intuition nécessaire pour toujours choisir ce qu’il y a de bon, beau, drôle, plaisant et attirant.

Au fond, c’est l’avantage concurrentiel ultime : avoir suffisamment de goût pour permettre à son produit de se démarquer de son marché alors qu’il n’a pas forcément le meilleur rapport qualité/prix, les meilleurs caractéristiques ou le prix le plus compétitif. En d’autres termes, la puissance du bon goût vient du fait qu’il permet de susciter le désir par les émotions et non par la raison.

On a toujours quelqu’un à séduire. Les marques qui connaissent le succès sont simplement parvenues à séduire plus que les autres. La manière la plus évidente de séduire est de faire jouer son meilleur avantage concurrentiel : un gros budget, des relations haut placées, une communauté de fans, un prix compétitif…bref, n’importe quelle façon de battre la concurrence. Au fond, la séduction se résume souvent à cela : faire valoir un quelconque atout que les autres ne possèdent pas.

Il me semble que le bon goût est le meilleur atout concurrentiel que quiconque puisse posséder. Pour reprendre une jolie formule de Patrick Süskind (“qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le coeur des hommes”, Le Parfum), quiconque détient le secret du bon goût maîtrisera le cœur (et le portefeuille) des clients.

Soignez votre langage

Connaissez-vous Dribbble ? Il s’agit d’un nouveau réseau social de niche à destination des designers et créatifs en tout genre. Ouvert depuis quelques semaines aux petits veinards qui ont eu une invitation, le concept de Dribbble est de permettre aux créatifs de partager leurs travaux en cours et de se rapprocher ainsi de leurs pairs. Histoire de ne pas changer, je n’ai pas d’invitation, mais cela ne m’empêche pas d’avoir apprécié la stratégie de branding de Dribbble et d’en parler ici.

Vocabulaire de marque

Ce qui est immédiatement frappant avec Dribbble, c’est la cohérence du vocabulaire qui y est utilisé. Le branding de Dribbble s’est en effet construit autour d’une véritable métaphore filée sur le basketball. Petite explication :

Dribbble est un réseau qui se définit comme un playground (terrain de jeu) dans lequel les utilisateurs (appelés players) peuvent effectuer des shots (des “lancés” qui se traduisent par des captures d’écrans de leurs travaux). Une fois qu’un shot est effectué, il peut rebound (en français : rebondir, lorsqu’un autre player décide d’y réagir en proposant une variation).

Cerise sur le gâteau : même la page 404 contient une référence au basketball puisqu’elle affiche le message “Air Ball”, terme employé dans le monde du basketball pour désigner un lancé qui n’a pas touché le panier.

Le langage : premier pas vers la cohésion

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur Dribbble, sa raison d’être et la stratégie qui se cache derrière, mais je ne veux pas sortir du sujet de cet article. Sachez en tout cas que Dribbble est à mon avis un excellent exemple d’un branding très travaillé qui confère au réseau une cohésion importante. Pour un réseau qui se veut “VIP”, la valeur d’appartenance est d’autant plus importante et Simplebits -l’entreprise aux commandes de Dribbble- l’a bien compris.

La principale caractéristique distinctive de toute société ou tout groupe d’individus est sans doute le langage qui s’y parle. La langue est en effet fondamentale, car c’est le premier moyen par lequel on reconnaît l’existence d’un lien social entre les gens qui la pratiquent. C’est précisément pour cette raison que toutes les sous-cultures possèdent leur propre jargon : c’est un moyen de se reconnaître et de poser des barrières d’accès à la communauté.

Quand on essaie de bâtir un site communautaire sur le net, il me paraît donc intéressant de créer un vocabulaire spécifique à sa marque, de manière à donner une image forte à sa communauté et à renforcer la cohésion entre les membres. Cela permet également d’envoyer une sorte de message subliminal à tous les visiteurs : qu’ils devront apprendre le vocabulaire local ou bien passer leur chemin.

Créer un langage de marque est le premier pas vers une marque à forte valeur identitaire. En d’autres termes, c’est un excellent moyen de donner à sa clientèle la sensation d’appartenir à une tribu. Et c’est précisément ce sentiment d’intégration dont les individus sont généralement friands. J’ignore si Dribbble connaîtra le succès, mais pour l’instant, un petit coup d’oeil sur la liste des membres montre que les “stars du design” y ont déjà leur compte…il semblerait donc que le démarrage soit prometteur et que la demande pour des réseaux ciblés et codifiés tels que Dribbble puisse se confirmer.

Bienvenue sur le web «pop-corn»

C ‘est officiel depuis quelques semaines : le trafic de Facebook a dépassé celui de Google aux Etats-Unis. Je profite d’un peu de temps libre pour réagir à tête reposée à cet évènement plus symbolique que révolutionnaire, mais qui, à mon humble avis, en dit long sur l’avenir des usages que les internautes font du web. En un mot : la recherche d’information n’est plus l’usage principal du net et les internautes se cantonnent de plus en plus à une poignée de sites web.

Divertissez-moi

J’ai ma théorie sur la raison pour laquelle autant de gens passent leur vie sur Facebook. Je pense qu’il s’agit d’un site formidable pour quiconque ne sait pas quoi faire sur Internet. Facebook, c’est le web “pop-corn” : la transposition du syndrome télé-canapé sur le net, le meilleur moyen de glander depuis l’invention de la télévision.

Facebook est en effet le plus grand réseau de divertissement du monde, avec au programme des réjouissances : des photos en veux-tu en voilà, des quizzs dignes du numéro Juillet-Août de Jeune & Jolie, des ragots et du drame, des tentatives éhontées de drague par wall interposé, et parfois, perdu au milieu de tout cela : une bonne info sur laquelle vous ne cliquerez probablement pas car elle se retrouve noyée dans un océan de futilité.

C’était la minute mauvaise langue, désolé (fallait que ça sorte). En fait, je n’ai pas tant de haine envers Facebook, c’est simplement dommage et même dangereux de ne faire que ça sur le net. Car bien qu’il soit déguisé en un site interactif et vivant, Facebook me semble en fait être le chef-lieu de la passivité.

Au fond, je ne vois que très peu de différence entre Facebook et World of Warcraft : deux systèmes fermés qui récompensent ceux qui y passent le plus de temps. L’un vous fait gagner des amis, l’autre des objets pour votre double virtuel. Jouer à WoW n’est pas la façon la plus productive de passer ses soirées, “réseauter sur Facebook” non plus.

Maxi Best Of Youtube + Twitter Nuggets

Je ne peux pas parler de web “pop-corn” sans évoquer Youtube, qui trône tout de même en 3ème place des sites les plus visités du monde. Là encore, Youtube est une mine de divertissement, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais le problème reste le même, il y a toujours deux catégories d’utilisateurs : ceux qui produisent le contenu et ceux qui le consomment. Récemment, un dénommé Patrick Jean a sorti une vidéo intitulée Pixels qui a fait énormément parler de lui. Je suppose qu’il n’a pas passé ses soirées à regarder les vidéos des autres pour réaliser la sienne.

Quant à Twitter, c’est l’ultime outil du procrastinateur, sur place ou à emporter sur votre mobile. Bien qu’il regorge de pépites d’informations ultra-fraîches qui en font un formidable outil de veille, il est très facile d’y perdre sa journée…Mais Twitter a au moins deux mérites : l’info qui y circule est épurée de tout le “bruit” qu’il peut y avoir sur d’autres réseaux sociaux, et surtout, Twitter encourage en permanence l’utilisateur à sortir du site pour aller voir autre chose, à l’inverse de Facebook qui vous incite à rester le plus possible dans son grand parc d’attractions.

La curiosité : fondement du progrès

Les internautes passent donc plus de temps à se raconter leur vie qu’à chercher de l’info sur le web. Je pense à tous les enfants nés dans les années 90 qui arrivent à maturité dans l’ère “sociale” et je m’interroge : le manque de curiosité sera-t-il symptomatique de la prochaine génération d’internautes ?

“La curiosité est la chose la plus puissante que vous possédez”

- James Cameron

Je ne cite pas James Cameron parce que j’ai particulièrement aimé Avatar (je suis plutôt de la génération Titanic…). Toujours est-il que c’est un film qui repousse les limites de ce qui avait été fait auparavant. Le point commun entre tous les inventeurs, tous les gens brillants, tous les artistes, c’est qu’un jour ou l’autre, ils se sont intéressés à un chemin qui n’était pas tout tracé. Ils ont su se poser des questions, se montrer curieux et persévérants, s’intéresser à ce qui était nouveau ou différent. En bref, ils n’ont pas fait que consommer ce qu’on voulait bien leur servir. James Cameron aurait tout à fait pu passer sa vie à manger du pop-corn devant les films des autres plutôt que de créer les siens, il n’aurait alors jamais su qu’il était peut-être doué pour cela.

Je me suis mis à écrire ce blog très récemment. Je n’ai pas d’autres raisons de le faire que de m’inciter à réfléchir sur mon domaine d’activité (le web). Je pense que n’importe qui devrait faire la même chose, ne serait-ce que pour rester à jour sur son sujet et pourquoi pas, interagir avec d’autres curieux. Il paraît qu’il faut boire un litre et demi d’eau par jour pour rester en bonne santé. Je propose d’ajouter une règle : apprendre et produire quelque chose chaque jour pour ne pas stagner.

Enlever ses œillères, s’ouvrir l’esprit à différents sujets, créer, penser, imaginer de nouvelles façons de résoudre des problèmes, c’est tout cela que comprend la curiosité. Je recommande à qui voudra m’entendre de lire autant de livres que possible, d’écrire autant d’articles de blogs que leur matière grise est capable de produire, de mettre chaque jour leur zone de confort à l’épreuve. Tout un tas de choses qu’il est difficile de faire si l’on passe tout son temps sur Facebook ou Youtube.

Je trouve inquiétant de voir Facebook dépasser un moteur de recherche : j’y vois une fois de plus la victoire de la consommation au détriment de la création, de la passivité sur la curiosité. À cause de tout ce temps passé à construire leur bulle sociale, combien de gens ratent des occasions de créer des blogs, de s’intéresser à quelque chose, de participer à des projets ou de lancer les leurs ?


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