Pour vous faire aimer, faites du karaté

N’avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui automatiquement, sans ouvrir la bouche, vous faisait immédiatement rire ? C’est le cas (pour moi en tout cas) du présentateur de la Threadless TV, le canal vidéo de la marque de t-shirts éponyme. Chez Threadless, se faire des amis, on sait se que ça veut dire. Le capital sympathie de cette marque est tellement énorme qu’il lui vaut aujourd’hui 1,5 millions de followers sur Twitter.

Ci-dessous une petite vidéo pour donner un exemple du genre de petits films délirants qu’ils produisent (celui là étant particulièrement débile) :

Mais qu’est ce qu’il raconte ?

Rien de spécial, justement.

Cet homme est un comique, c’est à dire qu’il a le don de transformer le banal en drôle. Grâce à lui, ces vidéos rendent le discours de Threadless digne d’intérêt et mieux encore, digne de partage sur les réseaux sociaux. Pourtant, elles ne représentent qu’un investissement mineur (juste une caméra, une petite équipe et une énorme dose de second degré).

Personne n’a envie de partager un communiqué de presse avec ses amis. Au contraire, les gens adorent les choses qui brillent par leur originalité et leur humour. En d’autres termes, l’une des clés de la visibilité sur les réseaux sociaux réside dans votre capacité à amuser la galerie. C’est à mon avis l’une des raisons pour lesquelles les petites entreprises sont beaucoup mieux placées pour réussir en la matière que les grosses : parce que leur communication externe est moins contrôlée, plus spontanée et plus humaine.

Si une grosse entreprise voulait booster son image en faisant une campagne humoristique, elle ferait comme BNP Paribas : elle embaucherait Eric & Ramzy et espérerait qu’à force, ça change l’image que le public a de la banque. Très peu d’entreprises, en revanche, ont eu le flair de dénicher un pitre comme celui de Threadless, et de le laisser faire une vidéo d’actualité par semaine.

Threadless a fait de la “cool attitude” sa philosophie (= sa stratégie). On dirait que ces gens là ne travaillent pas mais qu’ils s’amusent en permanence. Du coup, on se dit qu’on aimerait bien être pote avec eux. Ça tombe bien : c’est justement le principe des réseaux sociaux, non ?

La pomme et l’e-book : une histoire d’expérience utilisateur

Les pommes font partie des produits les plus naturellement sucrés, donc les enfants devraient adorer ça. Pourtant, donnez leur le choix entre une pomme et un petit musclé, il y a de fortes chances qu’ils choisissent le second. La raison ? Parce que c’est beaucoup moins fun et facile de manger une pomme qu’un petit pot de yahourt. Quand on mange un petit musclé, il n’y a rien à éplucher, rien à laver, pas de trognon, juste un opercule à enlever et on engloutit ça en 3 coups de cuillère. Que demande le peuple ?

Justement, le peuple demande deux choses : un bon produit, et une bonne expérience de consommation.

Beaucoup d’enfants croient qu’ils n’aiment pas les fruits et légumes. Les pommes (et les autres fruits) sont pourtant d’excellent produits, mais avant de grandir et de devenir plus patient, on préfère consommer des produits de moins bonne qualité mais plus simple d’utilisation. Nous avons bien souvent tendance à confondre mauvaise expérience utilisateur et mauvais produit.

Ce qui m’amène (ou pas) à une autre pomme, celle qui ne se mange pas, qui prépare tranquillement l’arrivée de l’iPad dont la mission est, entre autre, de concurrencer le Kindle d’Amazon pour la lecture des e-books à l’aide d’un appareil soit disant révolutionnaire.

À chaque fois que j’ai discuté avec quelqu’un de l’adoption des livres électroniques, j’ai entendu, à peu de choses près, toujours la même réplique :

“Je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’un livre ne soit pas en papier”

Je trouve cette réticence particulièrement révélatrice de l’importance de l’expérience utilisateur dans la perception de la qualité d’un produit. En d’autres termes, tous ces gens suggèrent qu’ils n’achèteront pas de livres électroniques car ils partent du principe que l’expérience de lecture d’un e-book sera inférieure à celle d’un livre papier.

Pourtant, l’e-book est un excellent produit, qui surpasse à de nombreux égards le live papier : plus économique, infiniment moins encombrant, plus écologique, version multilingue instantanée, possibilité de le mettre à jour sans réédition, pour ne citer qu’eux.

Ce qui manque encore à l’e-book pour s’imposer, c’est une expérience utilisateur qui mettra tout le monde d’accord, autrement dit un bon appareil de lecture. J’ignore si c’est l’iPad ou la prochaine invention du genre qui fera changer les mentalités, mais c’est bien une avancée dans l’expérience d’utilisation, et non dans le produit en lui même, qui placera le livre papier au rang de l’objet de collection.

Alors, et seulement alors, on regardera en arrière et on se demandera comment on a pu remplir nos bibliothèques de livres en papier. On n’aura peut-être pas inventé de recette miracle pour faire manger des pommes aux enfants d’ici là, mais il y a fort à parier que, eux, n’auront aucun problème avec les e-books.

Comme dans toutes les histoires, il y a une morale : l’expérience utilisateur est cruciale dans l’appréciation que le public aura d’un nouveau produit, indépendamment de ses qualités intrinsèques. Ceci est valable pour n’importe quel produit, mais à plus forte raison si ce dernier bouscule les habitudes culturelles du consommateur.

La différence entre attirer l’attention et rayonner

Quelle est la différence entre la tour Eiffel et la tour Montparnasse ? Dans le ciel de Paris, on ne voit qu’elles car toutes les deux attirent l’attention. Pourtant, l’une fait le rayonnement de la France et l’autre pas.

Attirer l’attention, c’est l’art être vu et entendu. C’est savoir se faire remarquer.

Rayonner, c’est être observé et écouté. C’est avoir du charme, du charisme, du pouvoir. C’est avoir de l’influence sur le reste du monde.

Aujourd’hui, plus aucun individu n’est capable d’accorder son attention à tous les messages qu’il reçoit. On disait déjà avant l’arrivée d’Internet que l’espace de communication était saturé au point qu’un consommateur ne pouvait retenir qu’un très faible pourcentage des milliers de messages publicitaires auquel il était quotidiennement exposé.

Nous voilà 30 ans et des milliards de messages publicitaires plus tard : l’attention du public est devenue l’une des ressources les plus disputées de notre époque. Dans l’inextricable surplus d’informations, chacun cherche timidement ses repères, ses idoles, ses sources de lumière, en un mot : ses icônes.

Attirer l’attention permet de se faire connaître. Rayonner permet de rester célèbre. Une marque qui rayonne, c’est une marque qui parvient à fédérer un public sur le long terme. C’est une marque qui a une âme unique, une culture bien à elle.

Je crains que trop de d’entreprises oublient la différence entre les deux. L’attention du consommateur est un moyen et pas une fin. Rien ne sert d’attirer l’attention s’il n’y a pas de substance derrière, si votre discours ressemble à celui des autres, si votre identité est une coquille vide. Google et Apple me semblent être de bons exemples de marques qui, malgré leur défauts respectifs, ont une véritable culture du rayonnement.

Je pense que les individus et les marques qui sauront rayonner, et pas seulement attirer l’attention, auront de bonnes chances de devenir les icônes de leur époque.


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