C ‘est officiel depuis quelques semaines : le trafic de Facebook a dépassé celui de Google aux Etats-Unis. Je profite d’un peu de temps libre pour réagir à tête reposée à cet évènement plus symbolique que révolutionnaire, mais qui, à mon humble avis, en dit long sur l’avenir des usages que les internautes font du web. En un mot : la recherche d’information n’est plus l’usage principal du net et les internautes se cantonnent de plus en plus à une poignée de sites web.

Divertissez-moi
J’ai ma théorie sur la raison pour laquelle autant de gens passent leur vie sur Facebook. Je pense qu’il s’agit d’un site formidable pour quiconque ne sait pas quoi faire sur Internet. Facebook, c’est le web “pop-corn” : la transposition du syndrome télé-canapé sur le net, le meilleur moyen de glander depuis l’invention de la télévision.
Facebook est en effet le plus grand réseau de divertissement du monde, avec au programme des réjouissances : des photos en veux-tu en voilà, des quizzs dignes du numéro Juillet-Août de Jeune & Jolie, des ragots et du drame, des tentatives éhontées de drague par wall interposé, et parfois, perdu au milieu de tout cela : une bonne info sur laquelle vous ne cliquerez probablement pas car elle se retrouve noyée dans un océan de futilité.
C’était la minute mauvaise langue, désolé (fallait que ça sorte). En fait, je n’ai pas tant de haine envers Facebook, c’est simplement dommage et même dangereux de ne faire que ça sur le net. Car bien qu’il soit déguisé en un site interactif et vivant, Facebook me semble en fait être le chef-lieu de la passivité.
Au fond, je ne vois que très peu de différence entre Facebook et World of Warcraft : deux systèmes fermés qui récompensent ceux qui y passent le plus de temps. L’un vous fait gagner des amis, l’autre des objets pour votre double virtuel. Jouer à WoW n’est pas la façon la plus productive de passer ses soirées, “réseauter sur Facebook” non plus.
Maxi Best Of Youtube + Twitter Nuggets
Je ne peux pas parler de web “pop-corn” sans évoquer Youtube, qui trône tout de même en 3ème place des sites les plus visités du monde. Là encore, Youtube est une mine de divertissement, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais le problème reste le même, il y a toujours deux catégories d’utilisateurs : ceux qui produisent le contenu et ceux qui le consomment. Récemment, un dénommé Patrick Jean a sorti une vidéo intitulée Pixels qui a fait énormément parler de lui. Je suppose qu’il n’a pas passé ses soirées à regarder les vidéos des autres pour réaliser la sienne.
Quant à Twitter, c’est l’ultime outil du procrastinateur, sur place ou à emporter sur votre mobile. Bien qu’il regorge de pépites d’informations ultra-fraîches qui en font un formidable outil de veille, il est très facile d’y perdre sa journée…Mais Twitter a au moins deux mérites : l’info qui y circule est épurée de tout le “bruit” qu’il peut y avoir sur d’autres réseaux sociaux, et surtout, Twitter encourage en permanence l’utilisateur à sortir du site pour aller voir autre chose, à l’inverse de Facebook qui vous incite à rester le plus possible dans son grand parc d’attractions.
La curiosité : fondement du progrès
Les internautes passent donc plus de temps à se raconter leur vie qu’à chercher de l’info sur le web. Je pense à tous les enfants nés dans les années 90 qui arrivent à maturité dans l’ère “sociale” et je m’interroge : le manque de curiosité sera-t-il symptomatique de la prochaine génération d’internautes ?
“La curiosité est la chose la plus puissante que vous possédez”
- James Cameron
Je ne cite pas James Cameron parce que j’ai particulièrement aimé Avatar (je suis plutôt de la génération Titanic…). Toujours est-il que c’est un film qui repousse les limites de ce qui avait été fait auparavant. Le point commun entre tous les inventeurs, tous les gens brillants, tous les artistes, c’est qu’un jour ou l’autre, ils se sont intéressés à un chemin qui n’était pas tout tracé. Ils ont su se poser des questions, se montrer curieux et persévérants, s’intéresser à ce qui était nouveau ou différent. En bref, ils n’ont pas fait que consommer ce qu’on voulait bien leur servir. James Cameron aurait tout à fait pu passer sa vie à manger du pop-corn devant les films des autres plutôt que de créer les siens, il n’aurait alors jamais su qu’il était peut-être doué pour cela.
Je me suis mis à écrire ce blog très récemment. Je n’ai pas d’autres raisons de le faire que de m’inciter à réfléchir sur mon domaine d’activité (le web). Je pense que n’importe qui devrait faire la même chose, ne serait-ce que pour rester à jour sur son sujet et pourquoi pas, interagir avec d’autres curieux. Il paraît qu’il faut boire un litre et demi d’eau par jour pour rester en bonne santé. Je propose d’ajouter une règle : apprendre et produire quelque chose chaque jour pour ne pas stagner.
Enlever ses œillères, s’ouvrir l’esprit à différents sujets, créer, penser, imaginer de nouvelles façons de résoudre des problèmes, c’est tout cela que comprend la curiosité. Je recommande à qui voudra m’entendre de lire autant de livres que possible, d’écrire autant d’articles de blogs que leur matière grise est capable de produire, de mettre chaque jour leur zone de confort à l’épreuve. Tout un tas de choses qu’il est difficile de faire si l’on passe tout son temps sur Facebook ou Youtube.
Je trouve inquiétant de voir Facebook dépasser un moteur de recherche : j’y vois une fois de plus la victoire de la consommation au détriment de la création, de la passivité sur la curiosité. À cause de tout ce temps passé à construire leur bulle sociale, combien de gens ratent des occasions de créer des blogs, de s’intéresser à quelque chose, de participer à des projets ou de lancer les leurs ?
Je plussoie complétement et je pense que le pire de tous est bien Facebook. J’ai eu l’occasion de voir quelques timelines absolument affligeantes de médiocrité. Mais bon, ne jugeons pas et contentons nous de constater que les blogs sont en effets menacés, une part des sites web aussi. Je parle un peu d’un effet de bord pour la blogosphère chez moi (Réseaux sociaux : tueurs d’UGC ?) : la fuite des commentaires et discussions vers les réseaux sociaux. Je serais super content d’avoir ton commentaire !
Bravo pour cette prise de position courageuse, presque politiquement incorrecte à l’heure où annonceurs et agences s’extasient sur Facebook. Je souscris également au message de ce billet qui met à l’honneur ceux qui font plutôt que ceux qui suivent ! Et pour faire plaisir à Simon, je fais l’effort d’écrire un commentaire plutôt que de tweeter
Le seul point que je ne partage pas, c’est à propos de Twitter : je ne trouve pas que l’info qui y circule soit épurée de tout le “bruit”, ou alors je suis preneur de tout isolant phonique adapté à Twitter…
@ Simon : Merci d’être passé par ici. Pour ce qui est de la menace des blogs, il me semblerait quand même que dans une certaine mesure, les réseaux sociaux permettent plus facilement aux nouveaux blogs de se faire connaître. Dans mon exemple, je compte beaucoup sur Twitter pour m’aider à trouver de nouveaux lecteurs.
Effectivement, les commentaires sont peut-être plus difficiles à obtenir qu’auparavant, mais qu’en est-il des visites ?
@ Chob : Je ne sais pas si ce que je dis est courageux, mais dans le doute, merci.
A propos de Twitter, c’est vrai qu’à la réflexion, tu as raison, Twitter, ce n’est que du bruit. C’est même une cacophonie permanente…
Je faisais référence aux photos/vidéos/jeux qui foisonnent sur Facebook. J’aime bien le caractères exclusivement textuel de Twitter, ainsi que la limite de 140 caractères qui permet de rester concis.
Etant plus que concernée par tes propos, je m’y reconnais totalement et j’avoue qu’on ne se sert plus d’internet comme d’un réel outil de nos jours. En tous cas ça m’a un peu fait réfléchir !
Comme je te l’ai déjà dit, je trouve ton article très vrai, même si entre les consommateurs et les créateurs d’autres typologies d’internautes, ou d’Hommes en générale existent. On peut penser aux copieurs, aux colporteurs, aux voyeurs, aux veilleurs et encore d’autres famille se terminant en “eur”.
Le web n’est-il pas finalement une simple représentation de notre monde et notre façon de vivre. Lorsque je regarde autour de moi, je ne trouve pas facilement des “créateurs” mais davantage des “spectateurs”. Le web des années 90, était certainement plus actif en termes de créativité mais se composait d’utilisateurs à la recherche de nouveautés et souhaitant utiliser le web pour y construire un alternative – utopiste ? – au monde réel.
Pour conclure, je me demande si la diminution du nombre de recherches sur Google est un signe de l’augmentation du nombre de consommateurs de contenu. Car l’usage de Google est de nous permettre de trouver un contenu disponible à un endroit, dans ce cadre je ne reste qu’un consommateur… Au contraire, si je me positionne comme créateur d’un espace web, je travaillerai à découvrir Google, ses caractéristiques et surtout ses règles. Mais ce qui me dérange avec Facebook, c’est que les informations que l’on y trouve ne concerne que ses pairs, qu’ils soient amis ou inconnus, nous n’y recherchons que des actus, des potins, avec une certaine forme de voyeurisme primaire… Je me souviendrai toujours de ce chiffre paru en 2008 : 73% des utilisateurs de Facebook assument s’en servir pour espionner la vie privée des autres… Qu’en est il aujourd’hui ?
To be creative or not to be, that’s always the question…
@ timtimsia : Tant mieux si cela peut t’encourager à réfléchir. C’est le plus grand compliment que l’on puisse me faire au sujet de ce blog. Ceci dit, pour quelqu’un qui blogue et qui met ses créations chaque jour à l’épreuve de la critique, tu es loin d’être un cas désespéré.
@ Databuz : Je ne suis pas certain qu’il y ait à proprement parler une diminution de la recherche d’info, c’est plutôt que, relativement parlant, le divertissement est en train de la rattraper. Et puis, si l’on veut jouer sur les mots, tous les contenus de Facebook, c’est aussi de l’information. Pas celle qui fait le plus souvent progresser les individus, ceci dit.
Au sujet de la création, je ne sais pas s’il y a un véritable “devoir” de créer. Je me dis simplement qu’à une époque où le progrès et la diversité culturelle est à la portée de n’importe qui, c’est vraiment dommage de passer à côté, et d’utiliser Internet uniquement pour glander sur Facebook ou rattraper les bouts de séries qu’on a ratées à la télé sur Youtube. Quant au phénomène du voyeurisme, tu mets le doigt sur un autre problème : celui de la frontière qui s’efface progressivement entre vie privée et vie publique, et de l’usage raisonnable des réseaux sociaux. Peut-être un sujet d’article de fond pour Data-Buzz ?
Ca c’est du maxi-génial billet, et je n’ai pas grand chose à dire comparé à ce billet. Je suis plutôt d’accord avec la majorité de l’article. Mais moi, ça ne m’inquiète pas. Le web est synonyme de perpétuelle évolution, donc il faut s’adapter. Ensuite, les gens semblent vouloir partager, commenter, écrire.
Il me semble que c’est une bonne chose, et peut-être qu’on en aura le retour un jour sur les blogs, par exemple.
A nous de faire jouer les connexions entre les outils, même si on ne peut absolument pas être partout. Fichue horloge !
[...] Ikon : Bienvenue sur le web pop-corn [...]
[...] Bienvenue sur le web « pop-corn » [...]
@ chob : le fait que facebook soit un site “pop corn” ( humm j’adore cette appellation) me semble au contraire positif pour les annonceurs…
POur le reste il y a toujours eu plus de gens passifs que d’actifs: Comme ceux qui disent je vais créer tel site ou telle entreprise et ceux qui s’y mettent vraiment… cet écart ne me choque pas et fait partie de l’humanité.
Quand au fait que l on passe plus de temps aujourd’hui de manière “passive” sur le web, je dirais que nous travaillons et produisons toute la journée alors un peu de “passivité” le soir que ce soit devant un film, une émission médiocre de télé réalité ou sur facebook… au final ca fait pas de mal et vide l’esprit !
Quel article… j’ai beaucoup aimé! C’est plein de vérité. J’ai cité un l’extrait sur WoW sur mon timelines facebook ! Quelle ironie quand même
[...] venir…Pour aller plus loin : Le nouveau Facebook est-il diabolique ? – Read Write Web Bienvenue sur le web « Pop-Corn » – ikon Facebook for Web Sites – Facebook Levi’s Friend’s Store – Levi.com Docs.com [...]
Bravo de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas…Merci
Marrant le début de l’article :
“le trafic de Facebook a dépassé celui de Google”.
Suffit de fréquenter quelques forums d’aides pour s’en rendre compte, mais cela ne date pas d’hier.
Twitter, l’outil du procrastinateur (Tendance pathologique à remettre systématiquement au lendemain quelques actions). La t’as fait fort et j’aime bien. Twitter, le satan du site web, Cest bien pour les gens qui n’ont rien à dire à part : Hey j’ai trouvé ça : http://jai.une.tite.bit/bEYra …
Bref Facebook twitter and co c’est pour moi en gros le TF1 du net, le partage de sa vie soit en 140 caractères ou en fôtes d’ortografes.
@ Keeg : Je partage ton optimisme au sujet du retour sur les blogs. C’est déjà un peu le cas pour le mien, qui tire la moitié de son modeste trafic des réseaux sociaux (dont 3/4 de twitter). D’ailleurs, l’arrivée très récente de nouveaux moyens d’interagir avec Facebook & Twitter au sein d’un site distant va pas mal nouer blogs et réseaux sociaux…
@ Alexandre : Merci pour le partage sur Facebook. Ironique par rapport à l’article en effet, mais partager des articles de blogs font partie des bons usages de Facebook.
@ Camikat : Merci à toi d’être passée par ici et d’avoir fait l’effort de laisser un petit mot.
@ Red-rabbit : Au sujet du début de l’article, en fait, ni toi ni moi n’avons tout à fait raison. La réalité est que Google est toujours devant Facebook au niveau mondial, en tout cas d’après Alexa, notamment. Il se trouve que Facebook est parvenu pendant une semaine à dépasser Google aux US, puis Google a repris sa place de 1er quelques jours après. Rien de bien méchant donc, même si cela démontre qu’ils sont au coude à coude.
Et pour la suite : joli jeu de mot sur Bit.ly, bien que je ne partage pas totalement le fait de mettre Facebook et Twitter dans le même sac.
Je reviens vers vous pour vous signaler un article du NewObs :
A partir du moment ou on écrit ou on publie sur Internet, il faut en assumer les conséquences, et tant pis si certains pensent encore que le fait de montrer son mur à certains et de le fermer à d’autres les protègent de leur conneries !
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/vu-sur-le-web/20100423.OBS2900/le-stratageme-de-facebook-pour-s-emparer-d-internet.html très interressant !
En ce qui me concerne, Facebook est pour moi un outil de plus et stritement professionnel et j’essaye de ne rien y laisser de personnel
Facebook me fait penser au tourisme de masse, comme certains lieux touristiques, Facebook est l’outil de facilité par excellence, simple d’utilisation, on pense y faire ce que l’on veut en toute impunité par ce que loin de chez soi, caché par son écran d’ordi !
Finalement Facebook n’est que le reflet de notre société avec ses bons cotés et ses déboires, pour être tendance il faut consommer du virtuel, du Facebook…
Un autre article qui vous fera sans doute sourire !
http://tousdesdebiles.tumblr.com/post/334950997/comment-facebook-vous-prouve-que-vos-amis-sont
En même tps en tant qu’apprentis développeur, j’aurais adoré inventé Facebook ! Tellement ludique…
@+
Je suis vraiment étonné de voir le temps que passent les gens sur facebook. Certains n’utilisent même plus google, ils sont scotchés à facebook, y passent leur vie, c’est un truc de dingue. Pourtant je n’y trouve pas tant de choses que ca, je préfère les bons vieux sites webs.
Pour moi Google+ plus reflète plus la vraie de cercles de connaissances qui ne se croisent que partiellement. Avec son introduction en bourse prochaine, il semble que Facebook atteigne le sommet… avant la descente.