Le pouvoir d’un simple “merci”

Aujourd’hui, j’ai reçu deux choses par la poste : une carte postale et un colis que j’avais commandé par internet. Comme toutes les cartes postales, elle était rédigée à la main. Comme la plupart des colis en provenance d’un e-commerçant, le mien ne contenait qu’une vulgaire facture imprimée.

Pourquoi les gens s’envoient des lettres ou des cartes écrites à la main plutôt que dactylographiées ? Parce que si une carte n’était pas manuscrite, elle perdrait toute raison d’exister. Elle appartiendrait au domaine de l’automatisé dans lequel les émotions n’existent pas. C’est pareil pour une carte de voeux : s’il n’y a pas un petit mot manuscrit, l’intention n’est pas crédible. Les gens ont régulièrement besoin de recevoir des preuves d’affection authentiquement humaines.

Quand vous achetez votre baguette, vous avez droit au sourire de la boulangère. Ce n’est pas grand chose, mais au moins, au cours de votre expérience d’achat, un signe d’affection humaine s’est manifesté. Quand vous tombez sur une boulangère qui ne vous remercie pas et qui ne vous sourit pas, vous n’avez pas tellement envie d’y retourner. Que penseriez-vous de quelqu’un qui vous enverrait une carte postale imprimée par ordinateur ?

Fidéliser un client revient à créer un lien d’affection avec lui. Cela implique de le séduire avant et après l’achat. Pourtant, beaucoup d’entreprises n’imaginent pas une seule seconde d’envoyer des documents manuscrits à leurs clients, de peur de ne pas être crédible et de porter atteinte à leur image de marque. Ainsi, bien que l’affection soit uniquement possible lorsque la relation est authentique, spontanée et crédible, les entreprises font généralement exactement l’inverse : leur discours se manifeste par des documents automatisés, millimétrés et pré-fabriqués.

En expédiant un colis vide de toute attention humaine à son client, on ne lui donne absolument aucune preuve d’affection. En revanche, c’est en faisant l’effort de manifester personnellement de la reconnaissance pour son achat qu’on laisse ouverte la possibilité de démarrer le cercle vertueux du bouche à oreille (les gens parlent bien plus volontiers de ce qui est inattendu et remarquable).

Conseil aux e-commerçants : A défaut de pouvoir faire un joli sourire à vos clients, leur montrer que leur commande n’est pas qu’un simple numéro dans une base de donnée me paraît être le strict minimum. A moins de s’appeler Amazon, je ne vois aucune raison pour laquelle un e-commerçant n’aurait pas le temps d’écrire un petit mot de remerciement sur une carte de visite et de la glisser dans le colis. Ce sont à mon avis les 30 secondes les mieux investies de la journée.

Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la communication manuscrite dans un monde qui tend à la faire disparaître. D’ailleurs, il me reste à vous remercier comme il se doit pour votre lecture :

La différence entre attirer l’attention et rayonner

Quelle est la différence entre la tour Eiffel et la tour Montparnasse ? Dans le ciel de Paris, on ne voit qu’elles car toutes les deux attirent l’attention. Pourtant, l’une fait le rayonnement de la France et l’autre pas.

Attirer l’attention, c’est l’art être vu et entendu. C’est savoir se faire remarquer.

Rayonner, c’est être observé et écouté. C’est avoir du charme, du charisme, du pouvoir. C’est avoir de l’influence sur le reste du monde.

Aujourd’hui, plus aucun individu n’est capable d’accorder son attention à tous les messages qu’il reçoit. On disait déjà avant l’arrivée d’Internet que l’espace de communication était saturé au point qu’un consommateur ne pouvait retenir qu’un très faible pourcentage des milliers de messages publicitaires auquel il était quotidiennement exposé.

Nous voilà 30 ans et des milliards de messages publicitaires plus tard : l’attention du public est devenue l’une des ressources les plus disputées de notre époque. Dans l’inextricable surplus d’informations, chacun cherche timidement ses repères, ses idoles, ses sources de lumière, en un mot : ses icônes.

Attirer l’attention permet de se faire connaître. Rayonner permet de rester célèbre. Une marque qui rayonne, c’est une marque qui parvient à fédérer un public sur le long terme. C’est une marque qui a une âme unique, une culture bien à elle.

Je crains que trop de d’entreprises oublient la différence entre les deux. L’attention du consommateur est un moyen et pas une fin. Rien ne sert d’attirer l’attention s’il n’y a pas de substance derrière, si votre discours ressemble à celui des autres, si votre identité est une coquille vide. Google et Apple me semblent être de bons exemples de marques qui, malgré leur défauts respectifs, ont une véritable culture du rayonnement.

Je pense que les individus et les marques qui sauront rayonner, et pas seulement attirer l’attention, auront de bonnes chances de devenir les icônes de leur époque.


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